Bataille de Badr

Badr

 

La cause de la bataille
Nous avons déjà vu, en rappelant l’expédition d’Al-Ashira, qu’une caravane appartenant à Koraich avait échappé au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)  dans son voyage la menant de La Mecque à la Syrie. À l’approche du retour de cette caravane, de la Syrie à La Mecque, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)  envoya Talha ibn Abdillah et Saad ibn Zayed vers le nord s’enquérir de ses nouvelles. Les deux hommes  arrivèrent à Hawrâ où ils restèrent jusqu’au passage d’Abû Soufyâne avec la caravane avant de regagner Médine en vitesse informer le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Certains disent que celui-ci fut informé alors qu’il était en route vers Badr.

La caravane transportait d’énormes richesses appartenant aux gens de La Mecque. Elle comportait mille chameaux, chargés de biens dont la valeur s’estimait à 50 000 dinars au moins. Seuls 40 hommes environ l’escortaient. En conséquence, c’étaient là pour les musulmans la grande occasion de porter aux gens de la Mecque un dur coup économique. A cette fin, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) s’adressant aux musulmans déclara :

« Voici la caravane de Koraich transportant leurs biens. Allez vers elle! Allah vous aidera peut-être à la capturer.»

N’obligeant personne à aller attaquer cette caravane, il laissa à chacun le soin de décider, conformément à son désir. En effet, il ne s’attendait pas à devoir, violemment, se heurter à Badr, à l’armée de La Mecque, au lieu de la caravane. Ceci expliquait que bon nombre de ses compagnons fussent restes à Médine, pensant que l’expédition ne dépasserait pas par son ampleur les Sariyyas précédentes. Compte tenu de tout cela, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) ne reprocha à aucun de ses compagnons de ne n’avoir pas participé à l’expédition.

 

 

L’effectif de l’armée des musulmans et la répartition des commandements

Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)  au moment où il était prêt à sortir de Médine, avait avec lui  313, 314 ou 317 hommes  comprenant 82 ; 83 ou 86 Mouhajirines, 61 de la tribu Al-Aws et 170 de celle d’Al-Khazraj. La sortie ne donna lieu ni à une grande manifestation ni à des préparatifs grandioses. Les expéditionnaires ne disposaient que d’un ou deux chevaux : un pour Az-Zoubair ibn Al-Awwâm et un pour Mikdâd ibn Al-Aswad Al-Kindi. Ils avaient 70 chameaux dont chacun était affecté à 2 ou 3 d’entre eux. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), Ali et Marthad ibn Abi Marthad Al-Ghanwi se partageaient le même chameau. En cette expédition, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) délégua à Médine, pour le remplacer dans la direction des prières, ibn Oumm Maktoum. Au niveau de Rawâha, il chargea aussi Aba Loubâba ibn Abdil-Mounthir de regagner Médine pour affaire. Il remit l’étendard de la direction à Mousab ibn Omair Al-Kourashi Al-Abdari, un étendard de couleur blanche et partagea son armée en deux escadrons :

  • L’escadron des Mouhajirines dont le drapeau fut confié à Ali ibn Abi Tâlib, drapeau appelé Ikab.
  • L’escadron des Ansâr dont le drapeau fut confié à Saad ibn Mouâth. (Les deux drapeaux étaient de couleur noire).

 

Il confia le commandement de droite à Az-Zoubair ibn Al-Awwâm et celui de gauche à  Mikdâd ibn Amr, les deux seuls cavaliers de l’armée, l’arrière-garde à Kays ibn Saasaa. Le commandement en général lui revenait en sa qualité de chef suprême de l’armée.

 

L’armée des musulmans se dirige vers Badr
Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) marcha avec cette armée non entraînée et peu prête. Parti de Médine, il emprunta la route principale menant à La Mecque, continua jusque qu’au puits de Rawhâ à partir duquel il laissa la route de La Mecque sur sa gauche, bifurqua vers la droite en direction d’An-Nâziyya (voulant Badr) et poursuivit son chemin au point de traverser dans le sens de la largeur, une vallée appelée Rahkân, entre An-Nâziyya et le détroit de As-Safrâ qu’il franchit de manière à se rapprocher de cette localité. Là, il envoya Basbas ibn Amr Al-Jouhani et Adî ibn Az-Zaghbâ Al-Jouhani à Badr espionner la caravane.

 

L’annonce de la nouvelle à La Mecque

S’agissant de la caravane, son responsable, Abû Soufyâne avait pris toutes ses précautions. Il savait que la route menant à La Mecque était jalonnée d’embûches. À cet égard, il s’enquérait des nouvelles, interrogeait les voyageurs qu’il rencontrait. On ne tarda pas à lui dire que Muhammad (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)  avait mobilisé ses compagnons pour attaquer la caravane, à lui révéler le danger. Sur ce, il engagea Damdam ibn Amr Al-Ghifâri qu’il envoya à La Mecque appeler les Koraïchites au secours, à venir en masse défendre leur caravane contre Muhammad (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)  et ses compagnons. Damdam s’en alla aussi rapidement qu’il le pouvait. À son arrivée à La Mecque, il se coupa le nez, retourna sa scelle, déchira sa chemise, puis, debout sur son chameau, cria du fond de la vallée : « O Koraich! Au secours! Au secours! Vos biens qui étaient avec Abû Soufyâne ont été saisis par Muhammad et ses compagnons et je ne pense pas que vous arriverez à les récupérer. Au secours! Au secours! »

 
Les Mecquois se préparent à la Ghazwa
Ameutés par Damdam, les gens aussitôt, bandèrent leurs muscles disant: « Muhammad et ses compagnons pensent-ils donc que les choses se passeront comme avec la caravane d’ibn Al-Hadrami ? Que non ! Par Allah, les choses se passeront autrement ! » Au sujet de l’expédition, un homme sur deux était -soit partant -soit représenté par quelqu’un d’autre : tout le monde la trouvait nécessaire. Il ne manquait, des notables,  qu’Abou Lahab qui, du reste, s’était fait remplacer par un homme qui lui devait une dette. Les Koraïchites mobilisèrent les tribus aux alentours de La Mecque. Toutes les tribus  Koraïchites furent dans le coup à l’exception de Bâni ‘Adi, tous réfractaires à l’expédition.

 

L’effectif de l’armée de La Mecque

 

L’effectif de cette armée était, au départ d’environ 1 300 hommes ayant à leur disposition 100 chevaux, 600 cuirasses et d’innombrables chameaux. Le commandant en chef d’une telle armée était Abou Jahl ibn Hichâm. Les responsables chargés de l’approvisionnement étaient au nombre de neuf, choisis parmi les notables de Koraich. Ceux-ci égorgeaient neuf ou dix chameaux par jour.

 

Le problème des tribus appartenant à Bâni Bakr
Une fois que l’armée fut prête au départ, les Koraïchites, se rappelant les animosités et la guerre qui les avaient opposés à Bâni Bakr, craignirent que ceux-ci ne les attaquassent par-derrière, au point de les mettre entre deux fronts. Un tel problème les tourmentait. Sur ces entrefaites, Iblis leur apparut sous la forme de  Sourâkah  ibn Mâlik ibn Jaacham Al-Madlaji, le seigneur de Bâni Kinâna, et leur dit : « En tant que votre voisin, je ne laisserai pas Bâni Kinâna  vous attaquer par derrière.»

 

L’armée de La Mecque se met en route

 

Les Koraïchites sortirent de leurs demeures, comme Allah le dit :

« Arrogants, hypocrites, s’écartant de la voie d’Allah.»

Comme le note aussi le Messager d’Allah, ils arrivèrent avec leur excitation et leurs épées, défiant Allah et Son messager ; Allah dit :

« Ils partirent de bonne heure décidés à user d’avarice  [envers les pauvres], convaincus que cela était en leur pouvoir. »

(Sourate 68 : ‘La plume’ – verset 25).

De même, ils étaient furieux, fougueux, décidés à étrangler le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) et ses compagnons qui avaient osé s’attaquer à leur caravane. Ils se déplacèrent avec une rapidité extrême vers le nord, en direction de Badr, traversèrent la vallée Osfân, Kadid et Al-Jouhfa. Là, ils reçurent un nouveau message d’Abû Soufyâne, message exprimé en ces termes : « Vous n’êtes sortis que pour sauver votre caravane, vos hommes et vos biens, or Allah les a sauvés ; donc, repartez! »

 

L’échappée de la caravane

 

On raconte qu’Abû Soufyâne suivait la route principale sans cesser d’être prudent et sur ses gardes, multipliant ses actes de reconnaissance des lieux. Arrivé au puits de Bakr, il se mit à marcher en tête de la caravane au point de tomber sur Majdi ibn Amr qu’il interrogea au sujet de l’armée de Médine. Celui-ci  lui répondit ; « Je n’ai vu personne de suspect. Toutefois, j’ai aperçu deux hommes montés qui, ayant ensuite fait s’agenouiller leur chameau du côté de cette colline, ont puisé de l’eau dans un récipient avant de partir.» Sur ces mots, Abû Soufyâne se dépêcha d’aller à l’endroit où les hommes avaient fait halte. À son arrivée il ramassa quelques-un des crottins de leur chameau et les écrasant, y trouva des noyaux. Alors, il dit : « Par Allah, il s’agit là du fourrage de Yathrib! » Puis retourna rapidement auprès de sa caravane à laquelle il fit changer de direction, l’orientant vers la côte ouest, quittant la route principale passant par Badr  du côté gauche. Ce faisant, il réussit à éviter à sa caravane de tomber entre les mains de l’armée de Médine. Après cela, il envoya son message à l’armée de La Mecque, message que celle-ci reçut à Al-Jouhfa […]

 

Obtention de l’essentiel des informations sur l’armée de La Mecque

 

Ce jour-là, au soir le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dépêcha, à nouveau, ses agents de renseignements, s’enquérir des nouvelles de l’ennemi. Cette mission fut menée par trois généraux Ansâr. Ali ibn Abi Tâlib, Az-Zoubair ibn Al-Awwâm et Saad rendirent au puits de Badr où ils trouvèrent deux garçons entrain de puiser de l’eau pour l’armée de La Mecque. Alors, ils les capturèrent et les apportèrent au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qu’ils trouvèrent en train de prier. Aussi les gens les interrogèrent-ils pour les entendre dire : « Nous sommes les serveurs d’eau  des Koraïchites. On nous avait envoyés puiser de l’eau ». Les gens furent dégoûtés et, espérant que les deux garçons travaillaient pour Abû Soufyâne – (désir permanent de s’emparer de la caravane), les bastonnèrent sévèrement au point de les contraindre à dire : « Nous travaillons pour Abû Soufyâne.» Sur ces mots, on arrêta le supplice. Dès la fin de sa prière, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) s’adressa en ces termes aux gens, comme pou leur faire des reproches :

« S’ils disent la vérité vous les frappez et s’ils mentent vous les laissez, or, par Allah, ils ont dit la vérité, car ils appartiennent aux Koraïchites. »

Sur ce, il dit aux deux garçons : «  Informez-moi au sujet des Koraïchites ». Ils dirent : « Ils sont derrière cette colline-là au bout. » Le Prophète reprit :

« Quel est leur effectif ? »

Ils répondirent : «Ils sont nombreux.» Le prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dit :

« Quel est leur nombre exact ? »

Ils répondirent : « Nous ne savons pas.» Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dit :

« Combien de chameaux égorgent–ils par jour ?»

Ils répondirent : «Tantôt neuf, tantôt dix.» Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) en conclut alors que l’effectif de l’armée de La Mecque s’estimait entre 900 et 1000 hommes. Ensuite, il réinterrogea les deux garçons en ces termes :

« Quels notables de Koraich  s’y trouvent ? »

Ils répondirent : Otba et Chayda, les deus enfants de Rabîaa, Aboul-Boukhtouri ibn Ichâm, Hakim ibn Khouzâm, Nawfal ibn Kouwaylid, Al-Hârith ibn Amir, Touaayma ibn Adi, An-Nadr ibn Al-Hârith, Zomaa ibn Khalaf et d’autres. Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) vint alors dirent aux gens :

« Voici que La Mecque vous jette des portions de son foie ! »

 

La tombée de la pluie

 

Au cours de cette nuit, Allah le Tout Puissant fit tomber la pluie  (en une seule fois) qui fut, à l’endroit des polythéistes, une grande averse les empêchant d’avancer et, du côté des musulmans, une rosée par laquelle il les purifia, chassa d’eux les souillures de Satan, tassa la terre, consolida le sol, raffermit les pieds, aplanit les lieux et unit les cœurs.

 

L’armée des musulmans devance celle de la Mecque et occupe tous les points stratégiques

 

Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) se déplaça avec son armée pour devancer les polythéistes aux eaux de Badr et les empêcher de s’en emparer. De nuit, il campa à l’endroit le plus le plus proche de ces eaux. À ce point, Al-Houbâb ibn Al-Mounthir se dressa et en tant qu’expert militaire dit : «Ô  Messager d’Allah!  Penses-tu que cet endroit est celui qu’Allah te désigne exactement de sorte que nous ne saurions ni avancer, ni reculer ? Ou est-ce ton propre avis, ton plan de guerre, ton stratagème ? » Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)  répondit :

« C’est plutôt mon avis, mon plan de guerre, mon stratagème. »

Alors, Al-Houbâb reprit : «Ô  Messager d’Allah!  Cet endroit n’est pas stratégique. Dis aux gens de se lever et ensemble nous nous rapprocherons des eaux plus que ne l’ont fait les Koraïchites et là, nous camperons, puis, après avoir dévasté tout ce qu’il y a derrière, nous construirons un bassin que nous remplirons d’eau, avant de combattre les polythéistes. Ainsi, nous aurons de l’eau et eux n’en  auront  pas.» Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui dit :

« Exactement, tu viens d’apporter la solution ! »

Sur ces mots, il demanda à l’armée de se lever et de se rapprocher des eaux plus que ne l’avaient fait les ennemis. Au milieu de la nuit, les soldats construisirent le bassin et ensuite dévastèrent toutes les autres eaux.

 
Le poste de commandement

 

Après que les musulmans eussent campé tout près des eaux, Saad ibn Mouâth fit au Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) la proposition consistant à amener les musulmans à lui bâtir un poste de commandement pour parer à toutes les éventualités et en prévision de toute déroute. À cet égard, il dit : «Ô  Prophète d’Allah! N’allons-nous pas te construire un appentis, où tu resteras ? Nous te préparerons une monture puis affronterons tes ennemis. Ainsi, si Allah nous appuie et nous donne la victoire, notre objectif est atteint. Si nous évoluons dans l’autre sens, tu enfourches ta monture et rejoindras nos hommes, derrière toi.  Ô
Prophète d’Allah! Nous te ferons entourer de gens qui t’aiment autant que nous, sinon plus. S’ils te savent en danger, ils se rapprocheront de toi pour te protéger grâce à Allah. Ils te diront ce qu’il faut faire et combattront pour te sauver.»

Sur ces mots, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) le loua et pria pour lui, après quoi, les musulmans construisirent un appentis sur une haute colline située au nord-est du champ de bataille et le surplombant. De même, on sélectionna une équipe constituée de jeunes Ansar et dirigée par Saad ibn Mouâth pour garder le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) équipe positionnée aux alentours de son poste de commandement [….]

 

Les deux armées s’aperçoivent l’une l’autre

 

À l’apparition des Koraïchites, les deux armées face à face, s’aperçoivent mutuellement. Alors, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dit :

« Seigneur! Voici les Koraïchites qui s’approchent avec leur mythomanie et leur orgueil, eux qui te défient et te traitent de menteur Ton messager. Envoie-nous le secours que tu m’as promis. Seigneur! Mets-les en déroute! »

Il poursuivit apercevant parmi les polythéistes Otba Ibn Rabîaa monté sur un chameau tâché de rouge :

« Sil y a un seul de ces gens qui soit capable de bien, c’est le propriétaire de ce chameau rouge. Celui-là, quiconque le suit trouve le bon chemin.»

Sur ces mots, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) redressa les rangs des musulmans et, alors qu’ils les redressaient, une chose étrange se produisit. En effet, il tenait à la main une flèche au moyen de laquelle il indiquait le sens des alignements, mais Sawâd ibn Ghazya en sortant des rangs, se la fit planter au ventre. Alors, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui dit :

« Redresse-toi Sawâd ! »

Celui-ci dit : « Ô Messager d’Allah, tu m’as fait mal, tu m’as blessé .»  découvrant son ventre. Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)  lui dit :

«Redresse-toi »

mais Sawâd l’embrassa et lui donna un baiser au ventre. Le Messager d’Allah, surpris, lui dit :

« Qu’est-ce qui te porte à faire ceci, Sawâd ? »

 Celui-ci répondit : «Ô Messager d’Allah, tu vois bien que je vais mourir. Alors, j’ai voulu, en guise d’adieu, que ma peau touche la tienne ». Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) pria pour lui et le bénit.

 

Après avoir redressé les rangs, Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) ordonna à son armée de ne commencer à se battre que sur son ordre. Ensuite, il donna à ses hommes des directives particulières relatives aux arts martiaux disant :

« S’ils se dirigent vers vous en masse, utilisez vos flèches et à égard, veillez à les économiser. Ne dégainez vos épées que lorsqu’ils vous auront enveloppés. »

Cela dit, il regagna son poste de commandement, en compagnie d’Abû Bakr notamment, sous la protection de Saad ibn Mouâth ainsi que le détachement de garde, en faction à l’entrée du poste.

 

Du côté des polythéistes, Abû Jahl ce jour-là, implora l’arbitrage d’Allah disant : « Seigneur! Il a rompu nos liens de parenté et nous a apporté ce que nous ne savons pas. Mets-le alors en déroute! Seigneur! Accorde ton secours aujourd’hui, à celui d’entre nous que tu aimes le plus et qui te satisfait le plus. »

A cet égard, Allah révéla :

« Si vus implorez l’arbitrage d’Allah vous connaissez  maintenant  la sentence  [d’Allah] Et si vous cessez [la mécréance et l’hostilité contre le Prophète], c’est mieux pour vous .Mais si vous revenez, Nous reviendrons, et votre masse même nombreuse, ne vous sera d’aucune utilité. Car Allah est avec les croyants »

(Sourate 8 : ‘ Le butin’- verset 19)

Le début des affrontements
Le premier à engager la lutte armée fut Al-Aswad ibn Abdû  al-Aswad Al-Makhzoumi, quelqu’un de méchant et de mauvais caractère. Celui-ci sortit des rangs des polythéistes en disant : « Je jure par Allah que je boirai à leur bassin, sinon je le détruirai ou mourrai en chemin. » Aussitôt qu’il fut sorti, Hamza ibn Abdû  al-Mouttalib alla à sa rencontre et, le frappa de son sabre, lui trancha la jambe au milieu, avant même qu’il n’atteignît le bassin. Celui-ci tomba sur le dos, le sang giclant de son pied, en direction de ses compagnons. Il traîna ensuite jusqu’au bassin et voulut y plonger sa main droite, mais Hamza lui asséna un autre coup qui l’y plongea pour de bon.

 

La bataille
Le meurtre d’Al-Aswad, le premier du genre à Badr, déclencha la bataille, car peu après, trois des meilleurs cavaliers des Koraïchites appartenant à une même famille s’avancèrent, à savoir : Otba, son frère Chayba (les deux fils de Rabîaa et Al-Walid ibn Otba). Lorsqu’ils se furent détachés des rangs sollicitant le combat, trois jeunes médinois allèrent à leur rencontre : Awf, Mouâth (les deux fils d’Al-Hârith et de Afrâ) et Abdillah ibn Rawâha. Alors, les trois polythéistes leur dirent : « Qui êtes-vous ? » Ils répondirent : « Un groupe appartenant aux Ansar. »

 

Les trois polythéistes reprirent : « Nous voulons nos semblables en fait de noblesse. Nous n’avons donc pas besoin de vous. Nous cherchons plutôt nos cousins. » Cela dit, leur crieur appela : «Ô  Muhammad ! Envoie-nous nos égaux parmi notre peuple! » Alors, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)  dit :

« Oubayda ibn Hârith debout ! Hamza, debout ! Ali, debout ! »

 

Lorsqu’ils se furent levés et approchés des polythéistes, ceux-ci les interrogèrent : « Qui êtes-vous ?» Ils déclinèrent leur identité. Les polythéistes reprirent : « Vous êtes de nobles émules. » Alors, Oubayda le plus âgé d’entre eux se mesura avec Otba ibn Rabîaa, Hamza se mesura avec Chayba et Ali avec Al-Walid. Hamza et Ali ne tardèrent  pas à tuer leurs ennemis. S’agissant de Oubayda et de son adversaire, le combat était indécis : chacun portait des coups à l’autre. Par la suite, Ali et Hamza décochèrent des flèches sur Otba, le tuèrent puis emportèrent Oubayda qui lui, souffrait d’une déchirure au pied. Jusqu’à  sa mort à As-Safrâ 4 ou 5 jours après la bataille de Badr, alors que les musulmans s’en retournèrent à Médine, celui-ci perdit la parole. Ali avait l’habitude de jurer que le verset suivant avait été révélé dans ce sens :

 

 « Voici deux clans adverses qui se disputaient au sujet de leur Seigneur. »

(Sourate 22 : ‘ Le pèlerinage’- verset 19)

 

L’attaque généralisée

La fin de ces corps à corps était un mauvais commencement pour les polythéistes qui, ayant perdu d’emblée trois de leurs meilleurs cavaliers et dirigeants, se déchaînèrent et comme un seul homme, se mirent à décocher leurs flèches en direction des musulmans. Ceux-ci après s’être montrés sincères à l’égard de leur Seigneur qu’ils supplièrent, implorant Son secours et Sa protection, continuaient de recevoir, campés sur leurs postes, en position défensive, les attaques successives que leur livraient les polythéistes à qui ils infligèrent d’énormes pertes à grands cris de « Ahad, Ahad » (Unique, Unique).

 

Le Messager d’Allah supplie son Seigneur
Quant au Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), il ne cessait, depuis qu’il avait regagné son poste de commandement après avoir redressé les rangs, de supplier son Seigneur, Lui demandant de lui envoyer ce qu’Il avait promis comme secours. Il disait :

«Seigneur, réalise ta promesse à mon égard ! Seigneur, je t’en prie. Que ta promesse se réalise !»

Il ne cessa de répéter cela jusqu’au moment où la guerre, d’une violence inouïe, atteignit son paroxysme. À ce niveau, il continua :

«Seigneur ! Si cette troupe périt aujourd’hui, il n’y aura plus personne pour T’adorer. Seigneur ! S’Il te plait, nul ne T’adorera plus jamais.»

Il implora tellement que son manteau lui tomba des épaules pour ensuite être réajusté par Abû Bakr qui, alors, lui dit : « Ca suffit Messager d’Allah ! Tu as assez insisté auprès de ton Seigneur ! »

Dans la suite, Allah révéla à ses anges :

« Je suis avec vous, affermissez donc les croyants Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants. »

 (Sourate 8 : ‘ Le butin’- verset 12)

Il révéla à son messager :

 « Je vais vous aider d’un millier d’Anges déferlant les uns à la suite des autres. »

(Sourate 8 : ‘ Le butin’- verset 9)

C’est à dire déferlant vers vous ou déferlant progressivement : Ne venant pas tous à la fois.

 

La descente des anges

 

Pour une fois, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) somnola, puis, levant la tête dit :

« Réjouis-toi Abû Bakr ! Voici Jibril au milieu de la poussière! »

Dans un autre rapport fait par Muhammad ibn Ishâk, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)  dit :

« Réjouis-toi, Abû Bakr, Allah t’apporte son secours ! Voici Jibril tenant les rênes de son cheval, au milieu de la poussière ! »

 

Ensuite, sortant de son appentis, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) mit rapidement sa cuirasse :

 « Leur rassemblement sera bientôt mis en déroute et ils fuiront.»

(Sourate 54 : ‘ La lune’- verset 45)

Cela dit, il prit une poignée de gravier, fit face aux Koraïchites et dit :

« Que vos visages soient mutilés. »

Il leur jeta le gravier qui, n’épargnant aucun d’eux, pénétra dans leurs yeux, leurs narines et leurs bouches. Dans ce sens, Allah révéla :

 

« Ce  n’est pas toi qui lançais : mais c’est Allah qui lançait.»

(Sourate 8 : ‘ Le butin’- verset17)

La contre-attaque

 

A ce niveau, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) donna enfin à son armée l’ordre de contre-attaquer disant :

« Chargez ! »

Il les exhorta à la lutte en ces termes :

« Par celui dont l’âme de Muhammad est entre les mains ! Allah fera accéder au paradis quiconque d’entre vous aura combattu, aujourd’hui, dans la patience et l’endurance, chargeant et sans s’enfuir, jusqu’au moment où on le tue. »

À cet égard, il dit aussi, incitant ses hommes au combat :

«Debout ! Obtenez un paradis aussi large que les cieux et la terre ! »

Alors, Al-Romair ibn Al-Hamân fit de sa bouche « bakh-bakh ». Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui dit :

« Qu’est-ce qui te porte à faire « bakh-bakh »

Il répondit : « Rien, par Allah! Ô Messager d’Allah, je souhaite seulement être au nombre de ses occupants .» Alors, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui dit :

« Tu fais partie de ceux-là.»

Sur ces mots, Al-Amir sortit des dattes de sa corne, se mit à en manger puis dit : « Ce sera pour moi une longue vie que de trouver le temps de manger mes dattes-ci.» Il jeta ensuite les dattes qui lui restaient et se mit à combattre jusqu’au moment où on le tua. Awf ibn Al-Hârith, le fils de Afrâ, interrogea aussi le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) en ces termes : « Qu’est-ce qui dans le serviteur peut faire rire son Seigneur ? » Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) lui répondit :

« Le fait de plonger et de se saisir de l’ennemi en état de nudité. »

Sur ces mots, Awf ôta l’armure qu’il portait et, après l’avoir jetée au loin, prit son épée et se mit à combattre jusqu’au moment où on le tua. Au moment où le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) ordonnait la contre-attaque, l’ennemi avait perdu son zèle et ses attaques s’étaient relâchées. La sage stratégie adoptée avait beaucoup contribué à consolider et à raffermir la position des musulmans. Ceux-ci dont la force de frappe résidait dans les jeunes, avaient, dès leur réception de l’ordre de charger, lancé une attaque meurtrière dans laquelle ils fouillaient les rangs de l’ennemi et tranchaient des gorges. Ils devinrent encore plus unis et déterminés à combattre lorsqu’ils virent le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)  sauter dans son armure et dire de manière franche et résolue :

« Leur rassemblement sera bientôt mis en déroute et ils fuiront .»

Ainsi, les musulmans combattaient avec une violence inouïe, aidés en cela par les anges. À cet égard Ikrima, selon un rapport d’Ibn Saad dit : « Ce jour-là, on voyait des têtes et des mains tomber sans savoir qui les coupaient ».  Poursuivant un polythéiste détalant devant lui, il arrivait au musulman d’entendre des coups de cravache au-dessus de sa tête. Il entendait aussi le cavalier dire : « Avance! » Regardant le polythéiste, il le voyait s’allonger à terre, le nez mutilé,  le visage déchiré à grands coups de cravache. Al-Ansâri vint rapporter la scène au Messager d’Allah qui dit :

« C’est vrai, cela fait partie des trois renforts du ciel. »

Abu Dâwûd Al-Mâzini dit : Je poursuivais un des polythéistes pour le tuer lorsque, tout à coup, je vis tomber sa tête avant même que mon épée ne parvînt à le toucher. Je sus alors que quelqu’un d’autre l’avait tué. À un certain moment, un des combattants parmi les Ansâr se présenta avec Al-Abbâs ibn Abdil-Mouttalib comme prisonnier et ce dernier dit : « Par Allah! Cet homme ne m’a pas constitue prisonnier. Celui qui m’a constitué prisonnier, est un homme au front dégarni, au visage des plus beaux monte sur un cheval noir et blanc. Je ne le revois pas dans la foule.» Le combattant Ansarite précisa : « Je l’ai constitué prisonnier, Ô Messager d’Allah!  Celui-ci dit : « Tais-toi ! » Allah l’a soutenu en le mettant en rapport avec un ange généreux.»

 

Iblis se retire du champ de bataille

 

Comme nous l’avons déjà vu, Iblis, ayant pris la forme de Sourâkah ibn Mâlik ibn Jaacham Al-Madlaji, avait intégré les polythéistes qu’il suivait dans tous les sens.

 

Toutefois, il battit en retraite, prenant ses jambes à son cou, lorsqu’il se fut  rendu compte du châtiment que les anges infligeaient aux polythéistes. Alors, Al-Hârith ibn Hichâm s’accrocha à lui de toutes ses forces, le prenant pour Sourâkah, mais son allié le repoussa d’un coup de poing à la poitrine qui le propulsa loin de lui, avant de partir en trombe. Les polythéistes lui dirent : « Où vas-tu Sourâkah ? N’avais-tu pas dit que tu étais notre voisin ? Ne nous quitte pas! » Il dit : « Je vois des choses que vous ne voyez pas. Moi, je crains Allah, car terrible est son châtiment.» Sur ces mots, il s’enfuit au point d’aller se jeter en mer.

 

L’écrasante défaite

 

Les signes d’échec et de désordre se multiplièrent dans les rangs adverses, car les polythéistes n’arrêtaient de s’écrouler et de s’effondrer face, à la violence des attaques lancées par les musulmans. La bataille touchait à sa fin. Les polythéistes, commençaient à se sauver en catastrophe suivie par les musulmans qui leur montaient au dos, les constituaient prisonniers ou les tuaient jusqu’à ce que prît forme la déroute.

 

La résistance d’Abû Jahl
Quant au grand tyran Abû Jahl, il essaya de résister lorsqu’il eut constaté la débandade au niveau des siens. Il se mit à encourager son armée, lui disant sur un air de méchanceté et d’obstination : « Que la défection de Souràkah ne vous pousse point à la déroute, car celui-ci est de mèche avec Muhammad! Ne soyez pas horrifiés par la mort de Otba, de Chayba et d’Al-Walid !  On les a tout simplement brusqués. Je jure par Al-Lât et Al-Ozzâ que nous ne quitterons pas sans les ligoter je ne vous demande pas de les tuer un par un, mais prenez-les en masse pour que nous leur fassions connaître les conséquences de leurs actes. Tout d’un coup, cependant, la réalité d’une telle arrogance lui apparut, car les rangs des polythéistes ne tardèrent à se disloquer face aux attaques des musulmans.  Certes, il y avait encore avec lui un groupe de polythéistes l’entourant d’une haie d’épées et d’une forêt de lances ; toutefois, l’ouragan de l’attaque des musulmans dispersa une telle haie et anéantit une telle forêt. Alors, le tyran apparut. Les musulmans le virent  voltiger sur le dos de son cheval tandis que la mort attendait de boire de son sang, l’opposant à deux jeunes médinois.

 

La mort d’Abû Jahl

 

Abdû ar-Rahman ibn Awf dit : « Le jour de Badr, j’étais au nombre des combattants. À un moment, faisant volte-face, je me retrouvai, soudain, entre deux jeunes, l’un à ma droite, l’autre à ma gauche, comme s’ils allaient m’agresser. L’un d’entre eux à l’insu de l’autre me dit alors en secret : « Oncle, montre-moi Abû Jahl! «  « Je lui dis : « Neveu, que lui veux-tu ? » Il répondit : « On m’a informé qu’il insultait le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). Je jure  par Celui qui détient mon âme qu’une fois que je l’aurai  trouvé, je ne le quitterai pas avant que l’un de nous deux soit tué. » Alors que je m’émerveillais de tels propos, l’autre jeune me fit signe et me dit la même chose. Sur ces mots, je ne tarderai à braquer mes regards sur Abû Jahl que je voyais tournoyer entre les gens, pour ensuite dire aux deux jeunes hommes. « Ne voyez-vous pas ? Voici l’homme que vous cherchez! » Ils le chargèrent aussitôt avec leurs épées et le transpercèrent jusqu’à sa mort pour ensuite se rapprocher du Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui alors leur demanda :

« Lequel de vous l’a tué ? »

 Chacun des deux jeunes se mit à dire « C’est moi qui l’ai tué ».  Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) leur dit :

« Avez-vous essuyé vos épées »

Ils répondirent : « Non! » Le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)  promena son regard sur les deux épées et dit :

« Vous l’avez tué tous les deux. »

Le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) décida par la suite que la dépouille irait à Mouâd ibn Amr ibn Al-Jamouh (l’autre s’étant fait tué au cours de la même bataille, à savoir Mouâd ibn Afrâ).

Le premier, selon ce que nous en rapporte Ibn Ishâq dit : « Alors qu’ Abû Jahl était dans un fourré où le gardaient les polythéistes munies d’épées et de lances, j’entendis, ces gens dirent : « Abû al-Hakam, on ne lui restera pas dévoué .» Lorsque j’entendis cela, je me proposai de l’avoir et dès que j’en eu la possibilité, le chargeai brusquement. Je lui donnai un coup d’épée qui lui trancha la moitié de la jambe que je vis alors voler en l’air. En retombant, le morceau, par Allah, me rappelait un noyau au moment où il tombe du casse-noix. Son fils Ikrima me donna un coup d’épée à l’épaule et me trancha le bras de telle sorte que celui-ci restait suspendu à mon flanc, retenu par un morceau de peau. Je ne pouvais plus combattre avec lui, d’autant plus que j’avais combattu toute la journée. Je décidai de ramener le bras derrière moi. Ensuite, comme il me faisait mal, j’y posai mon pied et m’étirai au point de le voir se détacher.  Peu après Mouâd ibn Afrâ rencontra Abû Jahl  qui avait perdu tout son zèle et, lui donna un coup d’épée le clouant pour de bon et le laissant moribond. Par la suite il combattit jusqu’au moment où il fut tué.

Après la bataille, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dit :

« Qui-est-ce qui va voir ce qu’on a fait à Abû Jahl ? »

 Les gens, alors, se dispersèrent pour aller à sa recherche. Lorsque Abdoullah ibn Masoud Qu’Allah soit satisfait de lui) le retrouvait, le polythéiste était à l’agonie. Alors il lui posa le pied au cou et se saisit de sa barbe pour lui trancher la tête en l’interrogeant en ces termes : « Alors Allah t’a humilié, n’est-ce pas ennemi d’Allah ? » Le polythéiste répondit : « En quoi m’a t-Il  humilié ? S’agit-il d’autre chose que de me tuer en martyre ? De me faire tuer par un laboureur ? » Sur ces mots, il dit : « Informe-moi! A qui revient le pouvoir aujourd’hui ? » Ibn Masoud  lui répondit «  À  Allah et à son Messager ». Le polythéiste dit ensuite à son bourreau qui déjà lui posait le pied au cou : « Tu as fais une association bien difficile, petit gardien de moutons! » En fait, Ibn Masoud faisait partie des gardiens de La Mecque. Après cette conversation, Ibn Masoud lui trancha la tête qu’il apporta au Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) en lui disant : «Ô Messager d’Allah! Voici la tête de l’ennemi d’Allah, Abû Jahl! »

Celui-ci dit :

« Allah est Celui en dehors de qui il n’y a nulle divinité (répétant cela trois fois) Allah est très grand! Louange à Allah qui a accompli Sa promesse, secouru Son serviteur,  vaincu seul les factions qui ont détalent sous nos yeux .»

Lorsque nous lui eûmes montré la tête, il dit :

« Voici le Pharaon de cette Oumma! »

 

Quelques manifestations de beautés de la foi au cours de cette bataille

 

Nous en avons déjà vu deux exemples avec Omair ibn Al-Hamam et Awf ibn Hârith ibn Afrâ. En fait, la bataille a conduit à de très beaux spectacles attestant d’une force de conviction et de détermination. Au cours de cette bataille, des pères et des fils aux principes opposés se sont expliqués par l’épée. De même, des dominés ont eu à affronter leurs dominateurs et de manière à apaiser leur colère.

 

1.                   Selon Ibn Ishâk, rapportant les propos d’Ibn Abbâs, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) dit à ses compagnons : « Je sais que certains hommes appartenant à Banî Hâchim ou d’autres, sont venus à Badr malgré eux. Ceux-là n’ont pas besoin d’être combattus. Ainsi, si vous rencontrez quelqu’un de Banî Hâchim, ne le tuez pas. Si vous rencontrez Abû al-Boukhtouri ibn Ichâm, ne le tuez pas. Si vous rencontrez Al-Abbâs ibn Abdû al-Mouttalib, ne le tuez pas, car il est venu contre son gré. » Alors, Abû -Houthayfa ibn Otba dit : « Allons-nous tuer nos pères, nos fils,  nos frères et les membres de notre clan sans tuer  Abbâs ? Par Allah ! Je le réduirai au silence avec cette épée. » Lorsqu’il eut entendu cela, le Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui)  dit à Omar ibn Al-Khattâb : « Abû Hafsa ! Doit-on donner un coup d’épée au visage de l’oncle paternel du Messager? » Celui-ci répondit : «Ô Messager d’Allah! Laisse-moi ! Je lui trancherai le cou à l’épée si je le rencontre. Par Allah, c’est un hypocrite. » Abou-Houthayfa disait : « La parole que j’ai prononcée  ce jour-là me travaille et mon péché à cet égard ne saurait être expié que par le martyre lors de la bataille de Yamâma. »

 

2.                 Le prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) interdisait de tuer Abû al-Boukhtouri car celui-ci était le moins hostile envers lui, au temps où il était à La Mecque. Il ne lui faisait aucun mal et non plus ne le soumettait à aucune chose répréhensible. D’ailleurs, il était de ceux qui avaient contribué à la rupture du boycott de  Banî Hâchim et des Banil-Mouttalib. En dépit de tout cela, Abû al-Boukhtouri fut tué. En effet, à un moment, Al-Moujathir ibn Ziyad Al-Balawi l’ayant rencontré au cours de la bataille en compagnie d’un de ses camardes aux côtés duquel il combattait, lui dit : « Abu-Boukhtouri, toi le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) nous a défendus de te tuer! » Il demanda : « Avec mon camarade ? » Al-Moujathir reprit : « Non par Allah! Ton camarde doit mourir! » Il dit : « Donc par Allah ! Nous mourrons tous les deux.» Un combat s’engagea et Al-Moujathir fut obligé de le tuer.

 

3.                 Abdû  ar-Rhamân ibn Awf et Omayya ibn Khalaf avaient été des amis à La Mecque, à l’époque antéislamique. Le jour de Badr, Abdû  ar-Rhamân, en compagnie de son fils, rencontra celui d’Omayya. Alors, ils lui tinrent la main. Abdû ar-Rhamân portait des armures qu’il avait usurpées. Lorsqu’Omayya le vit il lui dit : « Veux-tu me capturer ? Je suis meilleur que ces armures que tu portes. Je n’ai jamais vu un tel jour. N’avez-vous pas besoin de lait ? (entendre par là : Au cas où l’on me capturerait, je donnerai comme rançon une chamelle capable de produire beaucoup de lait). Alors, Abdû ar-Rhamân rejeta les armures, prit le père et le fils par la main pour les emmener. À ce sujet, il raconte : « Alors que j’étais  entre lui et son fils, Omayya me dit : « Quel est cet homme parmi vous ayant la plume d’autruche à la poitrine? Je lui répondis: « Celui-ci c’est Hamza ibn Abdû al-Mouttalib.»  Il reprit : « C’est celui-là qui nous a ruinés! » Je me mettais ensuite à les conduire lorsque Bilal apercevant Omayya, celui qui les torturait, dit : « Voici le chef des mécréants, Omayya ibn Khalaf! Ou il me tue ou je le tue.» Je dis : « Bilâl, celui-ci est mon prisonnier. » Il répéta : «Ou il me tue ou je le tue.» Sur ces mots, il cria du plus fort de sa voix, disant : «Ô  partisans d’Allah! Voici le chef des mécréants, Omayya ibn Khalaf! Ou il me tue ou je le tue.» Les gens alors nous cernèrent de manière à nous donner l’impression d’être dans une sorte de carcan. Aussi le repoussai-je. Un homme, sans crier gare, trancha d’un  coup d’épée la jambe du fils d’Omayya ? Celui-ci, alors poussa un cri tel que je n’en avais encore jamais entendu. Je lui dis : « Sauve-toi. Je ne peux te protéger par Allah, je ne te suis d’aucune utilité. » Les gens se jetèrent sur lui et le déchiquetèrent avec leurs épées. »

De son vivant Abdû ar-Rhamân disait : « Pauvre Bilâl, qu’Allah l’agrée dans sa clémence : il m’a fait perdre mes armatures et mon prisonnier.»

Al-Bukhârî rapporte dans son recueil de hadiths authentiques, que  Abdû  ar-Rhamân dit à Omayya : « Couche-toi » et lorsque celui-ci fut couché, plongea sur lui pour le couvrir. Les gens néanmoins, le transpercèrent par leurs épées qu’ils lui enfoncèrent par le bas et de la sorte le tuèrent. Une des épées blessa au pied Abdû  ar-Rhamân.

 

4.                 Omar ibn Al-Khattâb (qu’Allah soit satisfait de lui) tua ce jour-là, son propre oncle maternel : Al-As ibn Hichâm ibn Al-Moughira.

 

5.                 Abû Bakr As-Siddik (qu’Allah soit satisfait de lui) appela son fils Abdû ar-Rhamân qui était alors avec les polythéistes, et lui dit : « Où sont mes biens, scélérat ? » Celui-ci répondit : « Il n’en reste qu’une arme et un pur-sang, un inflexible prêt à tuer les vieillards égarés! »

 

6.                 Alors que les gens continuaient la capture des polythéistes et que Saad ibn Mouâd, l’épée en bandoulière, faisait sa faction devant la porte de l’appentis, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) constata de l’intérieur de cet appentis, que le visage de son garde du corps exprimait de la répulsion pour ce que les gens continuaient de faire.  Aussi dit-il à Saad : « Par Allah! On dirait que tu détestes ce que font les gens.» Celui-ci répondit : « En effet, par Allah !  Il s’agit de la première bataille commanditée par le Très- Haut à l’encontre des polythéistes. À cet égard, je préfère qu’on les massacre tous au lieu de les maintenir. »

 

7.                 Ce jour-là Okâcha ibn Mouhassan Al-Asdi vit son épée se casser. Alors, il se présenta au Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) qui lui donna un moignon pointu et lui dit : « Bats-toi avec ceci, Okâcha! » Il brandit le moignon dès qu’il l’eut reçu du Prophète (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui). L’objet devint entre ses mains, une épée en bonne et due forme : longue, sèche et dotée d’une lame blanche. C’est avec cela qu’il combattit jusqu’à la victoire des musulmans. Une telle épée était appelée « Al-Awn » (le secours). Elle ne cessa ensuite d’être avec lui, au vu et au su de tous, jusqu’au jour où il fut tué au cours d’une guerre contre les apostats.

 

8.                 À la fin de la bataille, Mosaab ibn Omair al-Abdari rencontra son frère Aba Aziz ibn Omair qui avait participé à la guerre contre les musulmans. Celui-ci était accompagné d’un musulman médinois lui tenant la main. Alors, Mosaab, dit au musulman médinois : « Retiens-le avec tes deux mains, car sa mère est riche ; elle viendra peut-être te verser une rançon. » Abû Aziz dit à son frère : « Est-ce là l’expression de la parenté à mon égard ?» Mosaad lui répondit : « Lui (le musulman médinois) est mon frère,  toi, non.»

 

 

9.                 Lorsque fut donné l’ordre de jeter les cadavres des polythéistes dans le fossé et qu’on eut traîné celui d’Otba ibn Rabîaa vers ce fossé, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui), observant le visage du fils du défunt, Abû Houthayfa, y lit l’amertume et le dépit. Il dit alors à celui-ci :

« Abû Houthayfa ! Peut-être es-tu quelque peu affecté par le sort de ton père ? »

 Il répondit : « Non par Allah ! Messager d’Allah ! Le sort de mon père ne me dit rien, mais je créditais mon père d’intelligence, perspicacité et de mérites, pensant que cela le conduirait à l’Islam. Aussi, face au spectacle de sa mort, me suis-je vite rendu compte qu’il est mort dans l’impiété, n’obtenant ce que j’attendais de lui. Voilà ce qui m’attriste.» Le Messager d’Allah fit des invocations en sa faveur et ensuite le consola.

 

 

Les tués de part et autre
La bataille aboutit à une défaite écrasante infligée aux polythéistes et à une victoire sans conteste au projet des musulmans. Cette bataille fit 14 martyrs du côté des musulmans : Six mecquois et huit médinois. Quant aux polythéistes, ils avaient subi de grosses pertes. Les musulmans, tuèrent 70 et capturèrent 70 parmi leurs dirigeants, leurs généraux et leurs héros. À la fin de la guerre, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) s’approcha des tués et dit : « Piètre clan que le vôtre à l’égard de votre prophète! Vous m’avez traité de menteur et les gens m’ont cru ; vous m’avez abandonné et les gens m’ont secouru ; vous m’avez fait sortir et les gens m’ont donne asile.» Ensuite il donna l’ordre de les jeter dans l’un des précipices de Badr. Selon Abû Talha, le Messager d’Allah (que la prière et la paix d’Allah soient sur lui) donna l’ordre d’enterrer 24 héros du côté des Koraïchites dans les fossés de Badr.

 

De surcroît, il passait trois nuits sur le champ de bataille après avoir triomphé d’un peuple. À sa troisième nuit, à Badr, il ordonna qu’on lui préparât sa monture et après quoi, s’en alla, suivi de ces compagnons, au point de se trouver à Saffat-ar-Rikâ où il se mit à appeler les morts par leurs noms et par ceux de leurs pères :

«Ô  tel fils de tel ! Ô tel fils de tel ! Réjouissez-vous d’avoir obéi à Allah et à son Messager ! Nous avons vu se réaliser ce que, notre Seigneur vous avait promis !  Avez-vous vu, ce que notre Seigneur vous avait promis ? »

Omar lui dit : «O Messager d’Allah! Comment peux-tu parler avec des corps sans âme ? » Il répondit :

« Je jure par Celui qui détient l’âme de Muhammad que vous n’êtes pas plus en mesure d’entendre ce que je dis. »

Dans un autre rapport, la réponse est :

« Vous n’entendez pas mieux qu’ils le font, seulement ils ne répondent pas. » […]

 

 

 

 

  • Auteur : Pr Safi Ar-Rahman al-Moubarakfouri, Pr de l’université salafiste de l’Inde.
  • Révisé par l’association Aux Sources de l’Islam
  • Extrait du livre « LE NECTAR CACHETE » Édition Darussalam
  • (Il est vivement conseillé aux frères, et sœurs de se le procurer.)